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Toi qui a un gros ventre/des poignées d’amour/une moustache/des grands pieds : est-ce que je te tripote ? Non, je ne le crois pas. Alors soyons clair : on ne touche pas non plus le ventre d’une femme enceinte. Comme le tripotage des grandes oreilles, c’est interdit. Toi que je croise juste à la machine à café, cesse de tripoter mon ventre.

Enceinte, notre corps ne nous appartient plus tout à fait. Certes, un locataire s’y installe quelques mois et on n’est plus seule, mais c’est un choix personnel qui ne regarde personne. Et le problème n’est pas là. C’est ce « ah bon ? » qui devient quasi quotidien, comme si ce ventre appartenait désormais à l’espace public. Et tout d’un coup, les gens s’autorisent à poser des questions qu’ils ne poseraient absolument pas en temps normal, et des intrusions que toute personne saine d’esprit trouverait très choquantes.

Tu ne sais pas QUI a lavé cette salade ?

Et tiens, toi toujours, que je croise à la machine à café, et qui me demande si « vraiment ?? » je compte boire ce café-non-décaféiné-avec-de-la-caféine. Cesse, aussi. Je joue encore bien la femme enceinte épanouie et sûre d’elle, mais je pourrais bien te répondre bientôt un peu aimable « de quoi je me mêle ? ». Malheureusement, le contrôle social ne se limite pas au café, il est présent partout. « Ah bon, tu manges du fromage ? », « ah bon, tu manges cette salade alors que tu ne sais pas qui l’a lavée ? », « ah bon, tu manges une huître ? »

Et voilà l’effet pervers de cette surveillance sociale : je n’assume pas tout à fait la dernière réponse. J’avoue avoir culpabilisé d’en avoir mangé trois pendant les fêtes. Et aussi du foie gras, mais je jure sur la tête de Babychou qu’il était bien cuit. (« QUOI???? » Entends-je ma collègue s’étouffer avec son café-court-sucré)

Tripotage de ventre, questions culinaires, mais aussi interrogations très indiscrètes. Je me souviens, lors de ma première grossesse, d’une collègue qui m’avait demandé sans aucune gêne si ce bébé était désiré ou un accident. Hum. Comment dire. Vraiment ?

Lorsque je suis arrivée au Québec, je me suis adaptée à certains usages, comme par exemple faire la queue pour attendre le bus, demander à tout bout de champ aux gens comment ils vont, serrer la main plutôt que de faire la bise, etc. Eh bien là, depuis mon retour en France, je me surprends à devoir faire le processus inverse, et je me retrouve parfois dans des situations un peu gênantes. Exemples.

Le sourire un peu gêné

J’ai donc pris l’habitude de demander à tout le monde comment ça va. Bien souvent, je reçois en réponse un sourire soit gêné qui signifie un truc du genre mais-de-quoi-elle-se-mêle-cette-folle, un peu comme lorsque je répondais à la gentille caissière du Jean Coutu. Ou alors, un sourire amusé qui doit vouloir dire tiens-elle-est-drôle-celle-là.

Ah ici la bise, c’est 3!

J’avais oublié à quel point en France tout le monde, tout le temps, se fait la bise. Et le truc c’est qu’à Montpellier, on s’en claque 3. Si j’ai le malheur de n’en faire que 2 (ce qui est déjà pas mal vous en conviendrez), on me répond : « Ah non ici, c’est trois! », et me voilà repartie pour un 3ème tour. Mais POURQUOI 3? Je n’ai pas encore la réponse mais j’y travaille.

Et non seulement c’est 3 bisous, mais en plus c’est tout le temps! J’ai même dû me coltiner une série avec la babysitter de Babychou. Et j’avoue avoir été choquée, oui, choquée, qu’elle me tende la joue. Et là je me dis : soit je vieillis, soit il était vraiment temps de rentrer en France.

Non mais tu vas pas rentrer là?

J’avais aussi un peu oublié la proximité dans les transports en commun. Ça m’a valu quelques déconvenues. Et notamment la fois où à Paris, j’ai laissé passer 5 trams alors qu’il ne faisait pas chaud-chaud parce que je n’arrivais pas à me lancer. Je voyais les autres voyageurs pousser pour rentrer. Les portes qui ne se fermaient pas parce que tout simplement, il y avait TROP de monde. Mais ils sont peut être arrivés plus rapidement que moi. J’ai mis 1h15 pour un trajet qui se fait en 45 minutes.

C’est oui ou c’est non?

Les Québécois ne disent pas franchement non. Ils ont une manière très habile de décliner une proposition. C’était assez déroutant puisque je me souviens avoir rencontré des gens, et notamment pour le boulot, avec qui le contact passait super bien, être sortie de la rencontre en pleine confiance, et réalisé 5 minutes plus tard que le gars venait de me dire non.

Les Français, eux, disent rarement oui. Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai eu au téléphone une boîte qui affichait sur son site internet : « nous recrutons! » (oui, il y avait bien le point d’exclamation). Qu’à cela ne tienne, vu mon parcours et les métiers de la boîte, je postule parce que je sais que mon profil peut coller. Je propose même de venir leur rendre visite, en tout bien tout honneur, histoire de faire connaissance. La fille que j’ai au téléphone est alors complètement perdue. « Oui mais non mais attendez mais là c’est à dire qu’on est débordés et puis on a pas vraiment de travail alors bon ». Moi : « mais je croyais que vous recrutiez? » Elle : « Oui mais non enfin c’est à dire qu’on est débordés » Moi : « Ben justement je peux peut être vous aider » Elle : « Oui mais non ne venez pas on a pas le temps, on vous rappellera, merci » Moi : « Bienvenue ».

Bienvenue. J’ai répondu « bienvenue » tellement j’étais sidérée. Alors que je ne l’ai jamais dit au Québec. Il paraît qu’il faut un an pour se réadapter.

À situation exceptionnelle, titre exceptionnel. J’annule l’interrogative, et m’enflamme pour l’exclamative.

Parce que oui, si Gérard rentre en France, ou y reste, eh bien moi en tout cas je reste au Québec (enfin j’espère pas quand même – mais j’y reviendrai bientôt c’est promis, et notez que j’adore le Québec).

Au Québec, où je paye des impôts dont je ne sais pas bien à quoi ils servent. Je déteste entrer dans le jeu des « tous pourris », mais quand même. Jouons un peu. Au Québec, je suis taxée à environ 40% de mes revenus. Pourtant, lorsque je vais chez le médecin avec mon fils fiévreux, j’attends 2h30, pour tomber sur un médecin qui pratique son sudoku entre deux rendez-vous. Lorsque moi-même je me rends chez le médecin, c’est le même régime. Et c’était le même régime aussi lorsque j’étais enceinte et que mon obstétricien me faisait attendre une heure avant de m’examiner 2 min 30 et avait l’air exaspéré quand je lui posais des questions et que c’était à moi de décider s’il fallait que je provoque ou non l’accouchement. Et ici toujours, lorsque j’ai accouché, je suis restée 2 jours, à peine, à l’hôpital : 36 heures.

C’est à Montréal aussi que je paye des impôts. Montréal qui est en train de vivre son plus gros scandale de corruption pour ses liens avec la mafia montréalaise. Je suis contente de payer des impôts pour contribuer à l’effort collectif, mais quand même.  Je ne suis pas mécontente de quitter le Québec pour ne plus y payer d’impôts.

J’ai lu aujourd’hui l’excellente tribune de Philippe Torreton dans Libération, j’ai aussi lu quelques « post » de Français expatriés. Et je suis affligée. « Vas-y Gérard, go! »… Euh… Pourquoi tant d’amour? Les Valseuses? Cyrano? Les Visiteurs? Car au fond, on s’en fout de Gérard. Torreton nous livre en substance un portrait assez fidèle, semble-t-il, de la réalité. On s’en fout de Gérard. Moi, je m’en tape de Gérard. Qu’il aille faire ses pets foireux en Belgique ou roter ses pintades outre-Quiévrain. Ce qui m’insupporte, c’est l’arrogance de ceux qui vivent à l’étranger et qui – bien souvent – ne payent pas l’impôt français, qui ont bénéficié À FOND du système français et qui aujourd’hui crachent dans la soupe qui leur a payé leur scolarité, leur médecine et dont ils bénéficieront sans doute dans une certaine mesure quand ils seront vieux.

Je ne vais pas louer les avantages de la France et de sa solidarité, qui doit avancer sur certains sujets : l’égalité de tous devant la loi, l’égalité des sexes, le mariage, la parentalité. Voilà de vrais sujets qui m’intéressent et qui doivent avancer en France.

Pardon, donc, d’avoir parlé de Gérard.

Et voilà, j’ai récidivé. J’ai cuisiné 80 nems hier.

L’été nous quitte tranquillement, les gens sont rentrés de vacances, les Jeux olympiques sont loin, les élections québécoises sont passées, les salariés de ma boîte sont en forme, et moi, j’ai moins de boulot. Et comme à chaque fois que le creux de l’automne arrive, en plus de chercher des piges alimentaires, je me pose des questions sur le métier que j’ai choisi.

Devenir journaliste a – presque – toujours été une évidence pour moi. Cette évidence a longtemps été confortée par des rencontres extraordinaires car improbables, touchantes, gênantes, réjouissantes, et dont le résultat me faisait dire : «Voilà pourquoi j’aime ce métier». Mais ces moments de grand bonheur, où l’on a l’impression d’être «utile», deviennent trop rares. Et surtout, ils ne compensent plus ces périodes de doutes, de vache maigre, et ce sentiment trop récurrent de faire le bouche-trou ou le porte-micro.

Je sais que ce métier est difficile. Je sais que j’ai quitté la France, et que j’ai dû recommencer de zéro au Canada. Et je sais aussi que très probablement, je recommencerai pas loin de zéro quand nous serons de retour en France, un jour.

Aussi, la question mérite d’être posée, et je me la pose : est-ce que je ne vais pas trop loin dans le dévouement? Est-ce vraiment nécessaire de se mettre à ce point au service de son métier? Pourquoi tant de sacrifices alors qu’on ne me promet rien en retour, même pas les portes du paradis? Nan parce que c’est sympa la passion, mais ça n’a jamais nourri son homme. Et puis bon les nems c’est sympa, mais à force, ça lasse un peu.

Vous noterez que je ne suis pas en mesure de vous présenter le résultat de cette session culinaire, les nems ayant été ou mangés, ou congelés. Mais ils sont en tout cas hors de ma vue. 

Cette nuque a l’air innocente, comme son tour de cheveux sur le crâne. Mais un bébé n’est pas juste une nuque qui tourne le dos, non non.

Quand j’étais enceinte, j’étais juste bonheur-joie-volupté-et-tartes-poires-amandes. Ma première grossesse a été comme un long voyage vers la maternité, agréable, épanouissant. Bon, il y a eu quelques désagréments mais ce n’est RIEN, à côté de devenir mère. Et pendant toute la grossesse, on nous prépare à l’accouchement. Mais là aussi, ce n’est RIEN (euh, non, pas tout à fait quand même) à côté de l’après-grossesse : la naissance, la vie, le bébé.

Car une fois que le bébé est là, impossible de le renvoyer au magasin, il n’y a pas de ticket de caisse! Non, Babychou, je ne veux pas te renvoyer au magasin, je te jure. Et le pire, c’est que c’est vrai! Parfois, je regarde des bébés qui hurlent dans des poussettes et je me dis : «Mon Dieu, qu’est ce que j’ai comme chance». Oui, on se rassure comme on peut.

Un nourrisson n’est qu’un tube digestif. Le nourrir, le changer, le laver, le coucher. Et moi, au début, j’étais incapable de lui donner le bain par exemple. Peur de lui faire mal, de le noyer, de le faire pleurer, ça ne me tentait pas du tout, du tout. Mais lui donner le sein, alors que je n’étais pas spécialement emballée, eh bien j’ai adoré.

Maintenant qu’il a 11 mois, je respire un peu. Je trouve Babychou plus drôle, car plus interactif, plus affirmé.

Être mère c’est, vraiment, dépasser ses limites. Et sans famille autour, concrètement, ça veut dire moins dormir, oublier les grasses matinées et les week-ends en amoureux, ne serait-ce que les soirées, accepter de se lever la nuit pour lui remettre la tétine et se demander jusqu’à quand il va prendre la tétine et pourquoi, déjà, on lui a donné la tétine.

Et surtout, depuis que j’ai un enfant, je regarde les autres femmes différemment. Genre : «Pourquoi tu ne m’avais rien dit!!!! Garce!», ou encore: «Je comprends que tu n’aies rien dit…» Que dire? À part que ta vie ne ressemblera plus jamais à ce que tu avais connu. Tu montres même des photos de ton enfant quand tu reprends le boulot!!

J’essaie, à mon tour, de passer le mot, mais c’est difficile. Si une mère m’avait dit : «Ça va être dur», je lui aurais dit : «De quoi je me mêle?»

Peu après la naissance de Babychou, je m’étais dit : «Après tout, c’est pas si terrible, allez, on pourrait remettre ça bientôt.» Onze mois plus tard, je dis NON. Pas tout de suite, du moins. Mais rien que pour découvrir le sexe de mon bébé, sa bouille, essayer de deviner sa personnalité, je recommencerai. Et puis, il faut bien un petit frère ou une petite soeur à martyriser pour Babychou.

Et j’imagine que quand tu as ton deuxième tu dis : «Non, mais attends, UN c’est rien!». Et là, je flippe.

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