Lorsque je suis arrivée au Québec, je me suis adaptée à certains usages, comme par exemple faire la queue pour attendre le bus, demander à tout bout de champ aux gens comment ils vont, serrer la main plutôt que de faire la bise, etc. Eh bien là, depuis mon retour en France, je me surprends à devoir faire le processus inverse, et je me retrouve parfois dans des situations un peu gênantes. Exemples.

Le sourire un peu gêné

J’ai donc pris l’habitude de demander à tout le monde comment ça va. Bien souvent, je reçois en réponse un sourire soit gêné qui signifie un truc du genre mais-de-quoi-elle-se-mêle-cette-folle, un peu comme lorsque je répondais à la gentille caissière du Jean Coutu. Ou alors, un sourire amusé qui doit vouloir dire tiens-elle-est-drôle-celle-là.

Ah ici la bise, c’est 3!

J’avais oublié à quel point en France tout le monde, tout le temps, se fait la bise. Et le truc c’est qu’à Montpellier, on s’en claque 3. Si j’ai le malheur de n’en faire que 2 (ce qui est déjà pas mal vous en conviendrez), on me répond : « Ah non ici, c’est trois! », et me voilà repartie pour un 3ème tour. Mais POURQUOI 3? Je n’ai pas encore la réponse mais j’y travaille.

Et non seulement c’est 3 bisous, mais en plus c’est tout le temps! J’ai même dû me coltiner une série avec la babysitter de Babychou. Et j’avoue avoir été choquée, oui, choquée, qu’elle me tende la joue. Et là je me dis : soit je vieillis, soit il était vraiment temps de rentrer en France.

Non mais tu vas pas rentrer là?

J’avais aussi un peu oublié la proximité dans les transports en commun. Ça m’a valu quelques déconvenues. Et notamment la fois où à Paris, j’ai laissé passer 5 trams alors qu’il ne faisait pas chaud-chaud parce que je n’arrivais pas à me lancer. Je voyais les autres voyageurs pousser pour rentrer. Les portes qui ne se fermaient pas parce que tout simplement, il y avait TROP de monde. Mais ils sont peut être arrivés plus rapidement que moi. J’ai mis 1h15 pour un trajet qui se fait en 45 minutes.

C’est oui ou c’est non?

Les Québécois ne disent pas franchement non. Ils ont une manière très habile de décliner une proposition. C’était assez déroutant puisque je me souviens avoir rencontré des gens, et notamment pour le boulot, avec qui le contact passait super bien, être sortie de la rencontre en pleine confiance, et réalisé 5 minutes plus tard que le gars venait de me dire non.

Les Français, eux, disent rarement oui. Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai eu au téléphone une boîte qui affichait sur son site internet : « nous recrutons! » (oui, il y avait bien le point d’exclamation). Qu’à cela ne tienne, vu mon parcours et les métiers de la boîte, je postule parce que je sais que mon profil peut coller. Je propose même de venir leur rendre visite, en tout bien tout honneur, histoire de faire connaissance. La fille que j’ai au téléphone est alors complètement perdue. « Oui mais non mais attendez mais là c’est à dire qu’on est débordés et puis on a pas vraiment de travail alors bon ». Moi : « mais je croyais que vous recrutiez? » Elle : « Oui mais non enfin c’est à dire qu’on est débordés » Moi : « Ben justement je peux peut être vous aider » Elle : « Oui mais non ne venez pas on a pas le temps, on vous rappellera, merci » Moi : « Bienvenue ».

Bienvenue. J’ai répondu « bienvenue » tellement j’étais sidérée. Alors que je ne l’ai jamais dit au Québec. Il paraît qu’il faut un an pour se réadapter.