Et voilà, j’ai récidivé. J’ai cuisiné 80 nems hier.

L’été nous quitte tranquillement, les gens sont rentrés de vacances, les Jeux olympiques sont loin, les élections québécoises sont passées, les salariés de ma boîte sont en forme, et moi, j’ai moins de boulot. Et comme à chaque fois que le creux de l’automne arrive, en plus de chercher des piges alimentaires, je me pose des questions sur le métier que j’ai choisi.

Devenir journaliste a – presque – toujours été une évidence pour moi. Cette évidence a longtemps été confortée par des rencontres extraordinaires car improbables, touchantes, gênantes, réjouissantes, et dont le résultat me faisait dire : «Voilà pourquoi j’aime ce métier». Mais ces moments de grand bonheur, où l’on a l’impression d’être «utile», deviennent trop rares. Et surtout, ils ne compensent plus ces périodes de doutes, de vache maigre, et ce sentiment trop récurrent de faire le bouche-trou ou le porte-micro.

Je sais que ce métier est difficile. Je sais que j’ai quitté la France, et que j’ai dû recommencer de zéro au Canada. Et je sais aussi que très probablement, je recommencerai pas loin de zéro quand nous serons de retour en France, un jour.

Aussi, la question mérite d’être posée, et je me la pose : est-ce que je ne vais pas trop loin dans le dévouement? Est-ce vraiment nécessaire de se mettre à ce point au service de son métier? Pourquoi tant de sacrifices alors qu’on ne me promet rien en retour, même pas les portes du paradis? Nan parce que c’est sympa la passion, mais ça n’a jamais nourri son homme. Et puis bon les nems c’est sympa, mais à force, ça lasse un peu.

Vous noterez que je ne suis pas en mesure de vous présenter le résultat de cette session culinaire, les nems ayant été ou mangés, ou congelés. Mais ils sont en tout cas hors de ma vue.