J’ai profité du magnifique été montréalais pour faire une pause de blog. Je me la suis coulé douce dans les parcs de la ville, prélassée au bord des piscines extérieures, je me suis fait dorer la pilule sur mon balcon… Nan c’est pas vrai. J’ai juste couru après le temps.

Mais néanmoins, mon cerveau a fonctionné à plein régime. Et je me suis interrogée, si si. Cela fait maintenant trois ans que je vis au Québec, et je me sens toujours très (trop?) Française. C’est assez difficile à définir, mais je vais essayer.

Quand je discute avec des Québécois, je suis très souvent renvoyée à mon statut de Française. Rarement, j’ai l’impression d’être le défouloir de certains à l’égard des Français, et bien souvent, la discussion dérive vers les différences entre nos deux pays, nos deux cultures.

Le rapport des Québécois avec les Français est très complexe. Par exemple, les Français sont systématiquement attaqués sur leur anglicisation du français. Sauf que. Le contexte français est très différent du contexte québécois. Le Québec, avec ses 8 millions d’habitants, est cerné de toutes parts par les anglophones. Le français du Québec n’est pas le français que nous parlions de l’autre côté de l’Atlantique il y a 400 ans, mais un français qui a évolué au fil du temps, qui s’est transformé et n’en déplaise à mes camarades québécois, qui compte un certain nombre d’anglicismes, pour ne pas dire, en masse. En France, on s’en fout du français. La France est un vieux pays, un pays moteur en Europe qui n’a pas besoin de défendre sa langue contre les envahisseurs anglophones.  Les combats ne sont pas les mêmes.

Bien souvent, le Français qui vit au Québec se retrouve comme l’accusé au tribunal de la francophonie. Je suis ici une invitée, et je ne veux pas vexer mes hôtes. Mais au bout de trois ans, ce discours me fatigue. Défendez votre loi 101, défendez votre culture chèrement préservée, mais ne nous demandez pas d’être aussi pugnace que vous : ce n’est pas notre combat!

En France, nous combattons (en tout cas une partie des Français), pour une certaine idée de la France. Une France ouverte, généreuse, égalitaire, fraternelle. Et le combat est rude.

Je suis toujours admirative des rapports humains ici. Les gens sont foncièrement aimables. Il n’empêche que ce n’est pas le pays des Bisounours et que des tensions existent entre les gens, mais globalement, on ne se fait jamais insulter ou bousculer. Le stress est quasi inexistant et le respect de l’espace de chacun veut dire quelque chose.

Être immigré ici n’est pas un handicap. Certes, je suis blanche, je parle français, j’ai fait des études, je n’ai pas quitté un pays en guerre, je suis une immigrée « facile ». Mais globalement, il me semble que le Québec fait beaucoup pour intégrer ses immigrés.

Un collègue m’a dit l’autre jour : « Les Français aiment plus les Québécois que les Québécois ne les aiment ». J’ai longuement réfléchi à cette affirmation. Et au final, je suis d’accord. Parce que le rapport des Français à l’égard des Québécois est beaucoup moins affectif. Même si ça a pu être le cas pendant des années, les Francais qui viennent au Québec aujourd’hui ne viennent pas en territoire conquis, mais parce qu’ils sont pragmatiques. La vie au Québec est plus douce qu’en France. Et ce n’est pas une insulte que de le dire, au contraire! Une société capable d’accueillir des dizaines de milliers d’immigrés chaque année, des immigrés qui, en partie, viennent parce que la qualité de vie est reconnue, parce que les employeurs laissent leur chance aux nouveaux venus, c’est une richesse incroyable!

Et pour ça, si Babychou me le permet, je me dorerai bien la pilule encore quelques temps sur mon balcon montréalais. Mais les files indisciplinées aux arrêts de bus me rattraperont.