Quand on vit loin de sa famille, eh bien on ne voit pas beaucoup sa famille, c’est un fait. Du coup quand on a un enfant, eh bien on ne se sépare jamais bien longtemps de son rejeton. Les soirées en amoureux sont moins nombreuses et les week-ends romantiques, inexistants.

Alors la semaine dernière, lorsque mes beaux-parents ont débarqué à Montréal, je me suis frotté les mains. En bonne mère indigne, j’étais bien heureuse de laisser un peu Babychou à Belle-Maman. Parce que oui, je suis toujours en congé parental.

Je m’étais préparé un petit programme à pas piquer des hannetons : piscine à gogo, course à pied en veux tu en voilà, coiffeur (note pour plus tard : ne plus aller – JAMAIS – chez le coiffeur à Montréal), déjeuner avec une copine et tout. J’ai fait tout ça, mais avec un peu plus de retenue que si cela avait été mes parents.

Même si j’ai bien profité de la présence de Beau-Papa et Belle-Maman pour bouleverser mes tête-à-tête avec Minus, j’ai aussi passé du temps avec eux, sans Chéri. Et si devenir parent est un apprentissage, être belle-fille est aussi un apprentissage.

La diplomatie, disons-le, n’est pas ma plus grande qualité. Eh bien cette semaine, j’ai appris. Notamment quand il m’a fallu expliquer à Beau-Papa qu’à Montréal, le pâté est une denrée rare, et que la gastronomie québécoise se rapproche davantage du burger, voire de la poutine. J’ai emmené Beau-Papa et Belle-Maman dans le meilleur burger de la ville, L’Anecdote, en vain. Beau-Papa ne voulait pas manger de pain « mou ». Malheureusement, il n’a pas eu le choix. Inquiète, j’ai attendu son verdict : « pas top », a-t-il dit.

À Belle-Maman, il fallait que je lui fasse comprendre que je n’avais absolument pas envie de changer mon fils, par exemple. Ou de préparer sa purée. Alors j’ai usé de stratagèmes subtils :

– Babychou a fait caca, ça ne sent pas la rose! Oulalalala ça sent mauvais-mauvais-mauvais.

– Veux-tu que je le change?

– Oh! Je comptais le faire, mais d’accord, comme vous voulez!

J’ai également pris le temps de bien expliquer à Belle-Maman comment utiliser l’appareil ultra-sophistiqué qui permet de cuisiner les purées de Babychou.

– Pour la purée de ce soir, on lui fait quoi alors? (C’est rusé : je parle à la troisième personne, afin d’impliquer Belle-Maman)

– On pourrait lui faire une purée pommes de terre-courgettes?

– Oh oui, c’est une super idée!

-…

-…

– Veux-tu que je la prépare?

– Oh oui!

Et ce week-end, nous sommes allés tous ensemble dans les Cantons de l’Est. Je crois que Belle-Maman a bien saisi mes signaux. Je n’ai pas poussé la poussette une seule fois, j’ai changé Babychou une fois, histoire de me persuader que je ne suis pas (trop) une mère indigne. Chéri était super heureux de voir ses parents. Et moi, je vais pouvoir me lâcher dans une semaine, mes parents débarquent.