À la mi-janvier, lorsque je suis rentrée de France où j’avais passé plus d’un mois à présenter mon rejeton à ma famille, j’ai décidé de faire comme on fait ici, à Montréal, pour perdre les kilos accumulés pendant une grossesse heureuse : faire de la gym avec mon bébé. En toute logique, ça s’appelle « gym avec bébé ».

C’était un vendredi. Il fallait que je sois au cours à 11h00. Ça n’était pas la première fois que je devais me rendre quelque part à l’heure avec mon fils de 3 mois. Mais c’était la première fois que je devais le faire en hiver, avec de la NEIGE et par -20°C. Me voilà donc, sur les coups de 10h40, à dire : « Bon, mon chou, eh ben on va y aller, hein. » Erreur. Il faut normalement 10 minutes pour s’y rendre. Il m’en a fallu 30 de plus.

Habiller Babychou qui pleure pleure pleure parce que c’est vraiment pas agréable de mettre son habit-de-neige-que-même-à-côté-la-Canada-Goose-c’est-pour-les-petits-joueurs-tellement-tu-peux-aller-dans-le-froid-avec quand on est à l’intérieur et que tout d’un coup on a très très chaud et que sa mère n’est pas encore habillée et qu’il lui faut, à elle aussi (moi, donc), 5 bonnes minutes pour se préparer. Je me suis donc habillée vite vite vite et j’ai eu moi aussi très chaud parce que j’avais oublié de préparer mes affaires pour le cours de gym, donc j’ai couru partout dans l’appart en chantant très fort pour que Babychou m’entende et qu’il arrête de pleurer – en vain.

C’est bon, le fiston est prêt, la maman aussi, zou! Je descends la première partie de la poussette (j’ai chaud), je remonte. Je descends la seconde partie de la poussette (j’ai un peu plus chaud), je remonte. Je mets de la neige partout dans l’appart parce que j’ai mes bottes aux pieds. Je descends les sacs, celui de bébé et le mien, je remonte. Je descends le petit que je mets dans la poussette. Il ne pleure plus, il est saisi au visage par le froid. J’ai peur, je pense qu’il ne va pas supporter cette température. Il respire, je respire, je remonte fermer la porte à clés, je redescends, il est 11h05, je transpire dans mon manteau, j’ai presque des gouttes de sueur sur le front, et j’en ai une qui coule le long du dos. Et mon fils me lance un regard noir. Pas grave, j’encaisse.

Nous voilà donc partis. Je marche vite vite vite parce que je suis en retard. Sur le trottoir, il y a de la neige, pas toujours très bien tassée. Dans sa poussette, Babychou est secoué de partout, mais il s’est endormi. Je marche aussi vite que je peux mais je suis aussi rapide que si j’étais sans poussette.

Vingt minutes plus tard, nous voici arrivés. J’ai déjà l’impression d’avoir tout donné, je suis crevée. J’essaie tant bien que mal de suivre le cours (parce que j’ai raté les 25 premières minutes) et à midi, c’est terminé. Je dois tout refaire dans le sens inverse. J’arrive chez moi à 13h30, je suis lessivée.

Un mois et demi plus tard, je trouve ça super facile. Bon, j’exagère, disons un peu moins pénible. J’ai trouvé le truc avec la poussette, les sacs sont prêts à 10h30, et la semaine dernière, j’ai même réussi à arriver au cours à 11h00.

Les mères québécoises ne sont pas héroïques, elles ont juste chopé le coup avec la poussette.